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Qui a dit quoi ? Avec Thomas Andrieu

« Qui a dit quoi ? » est une série d’articles lancée par Coin24 ayant pour but d’interroger des acteurs francophones du monde de la crypto-monnaie et de la blockchain pour vous éclairer sur des concepts ou vous présenter des solutions ou des produits liés à cette industrie pleine d’avenir. 

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Qui est Thomas Andrieu ?

Né en 2003 à Toulouse, Thomas Andrieu est auteur et co-auteur de nombreux livres. Il a participé à ce jour à la rédaction de plusieurs centaines d’articles sur les crypto-monnaies, le trading et l’économie pour divers médias dont OR.FR, Cafedelabourse, Youtrading, le fonds RocheGrup… Il entame aujourd’hui la co-écriture d’un livre sur les crypto-monnaies. Un des premiers auteurs mineurs économique et financier, Thomas Andrieu est d'abord un passionné d'économie et de finance. Il poursuit ses études personnelles et scolaires en la matière. Par ailleurs, il attache une grande importance à la compréhension cyclique des marchés et de l’économie. Ses études et autres publications sont également disponibles sur son site

Pensez-vous que les crypto-monnaies soient des monnaies ?

Thomas m’explique que peu de personnes connaissent l’origine théorique des crypto-monnaies, alors que tout a pourtant déjà été théorisé. 

En 1976, Friedrich Hayek a publié son livre « Denationalisation of money ». En introduction, il précise que « la suggestion selon laquelle le gouvernement devrait être privé de son monopole de l’émission de monnaie a ouvert les perspectives théoriques les plus fascinantes et a montré la possibilité d’arrangements qui n’ont jamais été envisagés ». 

Son livre a ainsi formalisé la théorie de concurrence monétaire, dans laquelle le système monétaire serait une confrontation de monnaies privées, dont les plus instables seraient évincées du marché. 

Beaucoup d’économistes considèrent les crypto-monnaies comme reniant entièrement le principe de monnaie. Leurs arguments ne sont pas faux, mais la réalité est bien plus contrastée. 

Les métaux précieux ont évincé le bétail et les céréales comme moyen de paiement il y a bientôt 1 500 ans, en donnant la suprématie monétaire à l’État. Ensuite nous avons eu l’apparition des billets, il y a bientôt 1 000 ans. Puis, l’invention de l’imprimerie et l’émergence des premières sociétés par actions à rendu les billets incontournables, ce qui a débouché sur la création des banques centrales. 

Aujourd’hui nous avons des banques centrales qui sont théoriquement détachées de l’État, et sont en charge de la stabilité monétaire. 

En bref, le système monétaire évolue au gré des grandes innovations et du développement économique, probablement vers une décentralisation permanente des moyens d’échange. En clair, les crypto-monnaies se rapprochent plus d’une innovation monétaire que d’une forme de monnaie traditionnelle.

Quels jetons se rapprochent le plus de cette définition ?

Pour Thomas, le meilleur compromis entre les monnaies traditionnelles et les crypto-monnaies est probablement les stablecoins, dont les banques centrales ont saisi les dangers pour leur souveraineté. La seule chose dont nous sommes certains à ce jour, m’explique Thomas, c’est que les crypto-monnaies sont une adaptation contemporaine (inévitable) de la monnaie à la grande innovation de notre temps : le numérique et que les crypto-monnaies correspondent à une réalité historique, tout simplement. 

Pensez-vous que le Bitcoin soit comme l’or numérique ?

Dans les faits, la réalité statistique et économique montre que l’or et le Bitcoin sont deux choses assez différentes souligne Thomas. Il m’explique que le Bitcoin est 3,5 fois plus volatile que l’or et que le Bitcoin n’est pas fortement corrélé à l’or. Il souligne également que la capitalisation de l’ensemble des crypto-monnaies demeure près de 6 fois inférieure à celle de l’or physique mondial. 

Par ailleurs, la structure du marché est inverse sur les deux actifs. L’influence des mineurs sur le Bitcoin diminue avec le temps. Tandis que les mineurs de Bitcoin pesaient près de 90 % de l’offre en 2010, c’est moins de 10 % aujourd’hui. À l’inverse, l’offre d’or physique est assurée à plus de 80 % par les compagnies minières, ce qui en fait un actif rare. Le seul point commun demeure la volonté de nombreux investisseurs d’éviter dans les deux cas les monnaies traditionnelles. Le Bitcoin réagit assez fortement aux crises de volatilité, tandis que l’or va réagir plus fortement aux taux, qui déterminent également la volatilité. La corrélation entre l’or et le Bitcoin est donc de nature complexe avec des figures de temps et d’intensité qui suivent également des lois similaires aux autres marchés.

Comment les crypto-monnaies s’adaptent-elles aux réajustements économiques que nous observons ?

Comme certains de nos lecteurs-investisseurs l’ont peut-être remarqué, les crypto-monnaies sont très friandes des périodes de faible volatilité, qui font souvent suite à des crises ou des tensions monétaires souligne Thomas. 

Les crypto-monnaies ont fortement chuté après 2017 car les tensions monétaires chez les institutionnels étaient croissantes (Quantitative Tightening de la FED). La crise COVID a propulsé les marchés dans un bain sans précédent de liquidités – liquidités qui devraient rester abondantes pour quelques dizaines de mois encore. 

Paradoxalement, les données statistiques montrent que le rôle des banques centrales dans la hausse récente des crypto-monnaies est prépondérant. La principale sensibilité du prix des crypto-monnaies est la sensibilité au risque, elle-même déterminée par les taux, c’est-à-dire les banques centrales. 

On peut ainsi regarder l’évolution globale des crypto-monnaies par rapport aux cycles de crise (de volatilité) et aux cycles monétaires (taux, taux réels, écart entre taux longs et taux courts, déficits, etc…). Je pense que c’est la véritable clé de lecture du marché des crypto-monnaies, rappelant toujours qu’il est désormais intégré (ou presque) au système financier global.

Qui a dit quoi ? Avec Thomas Andrieu – Le mot de la fin

Pour terminer, je demande à Thomas s’il pense que le marché des crypto-monnaies est adapté aux débutants et s’il a quelques conseils à partager avec nos lecteurs.

Le marché des crypto-monnaies attire de nombreux débutants en investissement. En 2015, plus de la moitié des utilisateurs de crypto-monnaies étaient des jeunes entre 15 ans et 35 ans. Aujourd’hui, l’écart entre les utilisateurs de crypto-monnaies est considérable. Des institutionnels colossaux se positionnent à côté de particuliers plutôt jeunes et débutants, le juste milieu est peu perceptible. 

En réalité, 91 % des adresses (entre 0 et 0.1 Bitcoin) concentrent à peine plus de 1,25 % du nombre de Bitcoins détenus sur le marché. À l’inverse, les détenteurs de plus de 1 000 BTC (0,0055 % des utilisateurs) concentrent plus de 42 % de la capitalisation du marché. 

Le premier conseil à donner est donc d’abord de regarder la tendance à long terme en fonction de la position des institutionnels. 

Le deuxième conseil est probablement d’éviter de trader sur des périodes trop courtes pour les moins personnes moins expérimentées et d’éviter de réagir de manière émotionnelle (exemple du FOMO – Fear Of Missing Out).

Enfin, le marché des crypto-monnaies connaît de nombreuses arnaques, il faut donc rester très vigilant et se concentrer sur les grandes crypto-monnaies (le top 100 par exemple). En effet, la quasi-totalité des 10 000 crypto-monnaies recensées actuellement ont une capitalisation très faible et subissent des risques considérables.

Merci à Thomas Andrieu d’avoir participé à cette édition « Qui a dit Quoi » !

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