Analyses des crypto-monnaies

La « tokénisation » de l’économie est-elle en marche ?

Joachim | il y a 7 mois
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Suite au succès de Bitcoin, de nombreuses crypto-monnaies de type devise électronique ont vu le jour (Litecoin, Feathercoin, etc.). Avec l’apparition de cryptos du genre Ethereum, la chaîne de blocs a élargi considérablement ses champs d’application, devenus presque infinis. Comme l’a brillamment expliqué le président de la CFTC durant son témoignage au Sénat américain, les registres distribués disposent du potentiel pour révolutionner l’économie. Ce qui pourrait mener à sa « tokénisation » (qui n’est pas au dictionnaire… pour le moment).

Un token ou jeton, c’est quoi ?

Contrairement à une crypto-monnaie de type Bitcoin, un token n’a pas pour vocation première d’être un moyen d’échange, même s’il peut endosser ce rôle. Lorsque c’est le cas, c’est en théorie dans un environnement fermé. On peut comparer un token à ces jetons que l’on utilise pour faire fonctionner une auto-tamponneuse sur une fête foraine. Le token a une valeur, mais il n’est utile que sur le manège qui l’utilise. On peut aussi le comparer à la monnaie émise par les parcs d’attractions, qui n’est acceptée que dans les magasin dudit parc.

Le token peut simplement contenir de l’information et n’avoir aucune valeur. Par exemple s’il est utilisé pour contenir des données d’identité. Quelques exemples d’utilisation d’une telle chaîne de blocs : un registre de propriété, un registre national, etc.

Les avantages de la tokénisation

La chaîne de blocs, que ce soit dans le cadre d’échanges de valeurs ou d’informations, présente de nombreux avantages par rapport aux solutions classiques. À savoir :

  • la transparence :
  • l’immutabilité des données ;
  • le faible coût de déploiement d’un registre distribué ;
  • l’intégrité des données ;
  • open-source : pas besoin de réinventer à chaque fois la roue.

Dans un monde dans lequel la dématérialisation est un phénomène inarrêtable, nous faisons de plus en plus face aux risques de piratage. Les registres distribués, même s’ils n’éliminent pas totalement ce risque, permettent au moins de garantir l’intégrité des données. La protection de ses clés privées avec des appareils tels que le Ledger Nano S rendent jusqu’à présent les chaînes de blocs inviolables.

Ces 5 simples caractéristiques offrent aux tokens un avantage écrasant sur les autres méthodes de gestion de l’information. Ajoutez à cela la fonctionnalité des contrats intelligents (smart contracts) et on obtient la possibilité de tokéniser quasiment tous les processus financiers, administratifs, etc.

start up
Start-up – Source Pixabay

Les raisons du succès des jetons ERC-20

La plupart des ICO qui voient le jour en ce moment émettent des jetons ERC-20. S’agit-il de crypto-monnaies ? Pas vraiment, ce sont des tokens qui permette d’accéder à certains services, qui s’apparentent parfois à un titre offrant des dividendes, etc. La FinTech, et le secteur des start-up en général, est en train de migrer vers la chaîne de blocs. Pourquoi ? Grâce aux tokens ERC-20, les entrepreneurs qui ont des idées peuvent se financer aisément. En plus des business angels qui investissent dans les crypto-monnaies, ils peuvent également toucher les petits particuliers actifs sur ce marché. En bref, le processus du crowdfunding est grandement facilité par les tokens, si bien que ce choix s’impose. L’identification des détenteurs est simple, on peut ainsi leur donner des droits (droits de vote, droits à un paiement, etc.).

La versatilité des jetons, qui peuvent adopter des comportements très variés grâce aux smart contracts, explique également leur succès. Ils peuvent prendre la forme d’un équivalent d’une part d’ETF, d’une action, d’une obligation, d’un contrat de location… Un token peut également représenter un titre de propriété sur un actif tangible. Par exemple un token peut représenter une once d’or stockée à l’abri dans un coffre audité régulièrement. Un tel système permet de posséder de l’or sans subir les contraintes engendrées par la possession de l’actif physique. L’achat et la vente se font bien plus facilement. On critique parfois avec raison l’empreinte écologique des crypto-monnaies. Mais entre se déplacer chez un marchand de métaux précieux pour acheter ou vendre de l’or et faire une transaction sur le réseau Ethereum, pas besoin de faire de calculs savants pour déterminer que la seconde option est plus écologique.

La tokénisation, prochaine étape de la dématérialisation ?

C’est à mon avis inéluctable. Tandis que le processus de migration vers les registres distribués a déjà démarré pour les secteurs les plus familiers avec la technologie, les avantages naturels des tokens devraient pousser les entreprises et les services publics à migrer vers les registres distribués. Après les start-up et la FinTech, je pense que c’est le système financier traditionnel qui va embrasser le système des jetons. Tous les actifs financiers (actions, obligations, etc.) seront convertis en tokens.

La dématérialisation des démarches administratives est un projet qui avance déjà en France (permis de conduire, carte grise, etc.). À terme, toutes les données de ces titres devraient être tokenisées. Plus besoin de vous balader avec un certificat d’immatriculation, tout pourra être vérifié instantanément sur la chaîne de blocs. Le vote électronique, qui faisait peser des craintes de manipulation des scrutins, pourra être déployé de façon transparente, anonyme, sûre et économique.

Ce phénomène échappe totalement aux détracteurs des crypto-monnaies qui se focalisent de façon obsessionnelle sur Bitcoin. Internet s’est également développé dans les années 90 dans un scepticisme ambiant. Les cryptos devraient connaître une trajectoire au moins similaire en termes d’impact sur nos vies. S’il y a des soucis de scalabilité en ce moment, je pense qu’ils seront résolus avec les solutions de type EOS, DAG, etc. Internet avait aussi été limité à l’époque par une technologie naissante (simple HTML et bande passante limitée). On connaît la suite.